publié le 25 avril 2014
Trajectoire budgétaire : lettre aux militants

 

Paris, le 23 avril 2014

Cher(e) camarade, cher(e) ami(e),

Le 8 avril dernier, le groupe socialiste a reçu à l’Assemblée Nationale notre nouveau Premier Ministre, Manuel Valls. Nouvelles méthodes, plus de dialogue, coproduction parlementaire, prise en compte des remontées de terrain, et nécessité d’une mobilisation de tous afin de redresser notre pays ont été au cœur de son intervention. Et c’est donc tout naturellement, fondant mon vote sur à la fois notre cohésion, la volonté d’aller de l’avant, et la prise en considération de son volontarisme affiché que j’ai voté la confiance au Gouvernement.

Or, le 16 avril dernier, sans concertation ni même information préalable, c’est avec un profond malaise que nous avons pris connaissance, comme toi grâce aux chaînes d’information continue, du contenu de la trajectoire budgétaire et des 50 milliards d’euros d’économies que celle-ci implique. Différentes initiatives parlementaires ont ainsi vues le jour et, si le contenu des propositions visant à amender cette trajectoire sont d’inégales portées voire porteuses elles-mêmes de contradictions, il n’en demeure pas moins qu’elles auront eu le mérite d’exprimer une autre voie possible.

Aujourd’hui, sans même aborder dans le détail ces alternatives, le choix a été fait semble-t-il, au-delà de ce que laissent entrevoir les discours tenus et autres entretiens, de ne rien toucher ou si peu au contenu de la trajectoire présentée le 16 avril dernier.

Pour ma part, ma conviction est qu’à ce stade l’audace, et la nécessaire justice, ne sont pas au rendez-vous de cette impérieuse nécessité que constitue la réduction de notre déficit ; un effort que nul ne conteste face à une droite qui aura fait passer notre dette de 1000 à 2000 milliards d’euros. Il nous revient la lourde charge de redresser les comptes de la Nation. Nous pouvons le faire par de véritables réformes de structures qui peuvent engager tout à la fois le fonctionnement et l’organisation de nos collectivités et l’urgente refonte de la fiscalité locale qui fait qu’aujourd’hui ce qui ont le moins paient le plus. Notre politique du logement, paralysée et couteuse dans l’atteinte de ses objectifs, la formation professionnelle dont la myriade d’acteurs aux différents échelons, ajoutant à la désorganisation l’absence d’efficacité, méritent au regard de la situation des changements majeurs. C’est la même audace qui aurait due nous conduire à porter la fusion de l’IR et de la CSG tout en ayant le même souci de justice quant à la répartition de l’effort entre ceux qui travaillent, consomment et investissent et ceux qui vivent de leur héritage et améliorent leurs rentes, entre les PME et les grandes entreprises, les territoires délaissés, nos quartiers populaires et les villes riches. En un mot, la progressivité sans laquelle l’équité et l’égalité demeurent inachevées est une fois de plus abandonnée, sacrifiée à l’urgence de l’animal qui court sur place et dans sa roue.

En définitive, l’opinion s’apprête à retenir que sous prétexte d’économies, nous allons financer pour 10 milliards supplémentaires des baisses de cotisations sociales par notamment l’effort renouvelé des fonctionnaires et des classes moyennes et populaires, et cela sans qu’aucune condition ou ciblage n’aient été énoncés en direction des employeurs.

Justice et équité, solidarité (qui ne saurait à titre d’exemple se satisfaire d’un report d’un an du plan pauvreté) et progressivité, réformes de structures, ciblage et conditionnalité des aides sont les conditions sine qua none d’une trajectoire budgétaire réussie qui peut atteindre ses objectifs, et rassembler la majorité.

Cher(e) camarade, sans engagements sur ces éléments, je réserve ma position quant au vote de mardi. Pour autant, cette décision est suffisamment grave pour qu’à la fois je t’informe des éléments qui la sous-tendent à cet instant, et puisse recueillir ton point de vue d’ici la semaine prochaine.

Dans l’attente de ton retour, je te prie de recevoir, cher(e) camarade, cher(e) amie, l’expression de mes amitiés sincères.

Le visuel de ma lettre: ici: lettre aux militants