publié le 24 février 2014
Discours de commémoration en hommage aux résistants du groupe dirigé par Missak Manouchian

Monsieur le Président de l’Union culturelle Arménienne de Montreuil,

Mesdames et Messieurs les membres du Foyer des anciens combattants de la ville de Montreuil,

Monsieur le Député-Maire Honoraire,

Monsieur le Conseiller régional,

Monsieur le Conseiller municipal délégué aux affaires générales, aux affaires culturelles et à la mémoire,

Mesdames et Messieurs,

Au cours de la seconde guerre mondiale, des milliers d’hommes et de femmes, de France et d’ailleurs, se sont engagés au péril de leur vie pour la liberté de notre Pays en combattant l’ignominie nazie.

Il est de notre devoir de leur rendre hommage, de saluer leur combat et de perpétuer leur mémoire.

Nous sommes ici réunis, ensemble à Montreuil, et je remercie le Foyer des Anciens Combattants de Guerre de Montreuil et ses associations ; l’Union Culturelle Arménienne de Montreuil et l’Union Culturelle Française des Arméniens de France de m’avoir invité, pour rappeler la mémoire des résistants du Groupe MANOUCHIAN, du nom de leur chef, Missak MANOUCHIAN ; poète et militant arménien réfugié en France après le génocide arménien qui l’a laissé orphelin à 9 ans. Missak MANOUCHIAN s’est attaché à notre pays, a vécu à Marseille, puis à Paris où il suivit des cours de lettres, de philosophie et d’histoire à la Sorbonne et a traduit nos plus grands Poètes, Baudelaire et Verlaine. C’est à travers sa mémoire que je salue devant vous, l’attachement de nos amis Arméniens à la France.

Ces résistants ont été exécutés il y a 70 ans, le 21 février 1944, au Mont-Valérien ; où les 22 hommes de ce groupe ont été fusillés ; l ‘unique femme du groupe, Olga BANCIC ayant été décapitée à Stuttgart, le jour de ses 32 ans, le 10 mai 1944. Et il nous faut rendre hommage et nous souvenir de toutes ces femmes, pour la plupart anonymes, qui ont combattu.

Le procès de ces hommes et de cette femme ; âgés de 18 à 46 ans a été mené à grand renfort de propagande par l’occupation allemande, à travers une affiche ; l’affiche rouge ; imprimée à des dizaines de milliers d’exemplaires et placardées dès le lendemain de leur exécution, où figuraient les visages de 10 membres du groupe ; 10 visages expressément choisis et montrés sous des angles patibulaires ; 10 noms difficiles à prononcer, avec au centre, le visage de Missak MANOUCHIAN et l’inscription suivante : « Arménien, chef de bande, 56 attentats, 150 morts, 600 blessés. », ainsi que des photos d’attentats ou de destructions reprochées à ce groupe afin d’inspirer la crainte et de discréditer leurs actions devant la population française.

Or, elle eut pour effet de multiplier les soutiens de sympathisants et devint l’emblème du martyre pour toute la Résistance. Elle fit de ce groupe des héros car ces hommes et femmes se sont battus pour la paix et pour la liberté.

Il nous faut nous en souvenir et rester des citoyens en alerte car racisme, antisémitisme, xénophobie, peurs et craintes de l’étranger sont encore malheureusement récurrents dans nos sociétés modernes où certaines populations restent encore fortement stigmatisées du fait de leurs origines ou de leur couleur de peau. Il nous faut le dénoncer, il nous faut le combattre.

Saluons le courage, saluons la force, l’abnégation des 23 membres de ce groupe (appartenant au réseau de résistance communiste), la plupart de confession juive, composé d’hommes et de femmes de toutes les origines (1 Espagnol, 1 Roumaine, 3 Hongrois, 3 Français, 5 Italiens, 2 Arméniens, 8 Polonais) qui faisaient partis d’un des groupes de résistance les plus actifs ; les FTP-MOI (Francs-tireurs et partisans – Mains-d’œuvre d’immigrés) et qui ont offert leur vie à la France et à la liberté ; après avoir subi les pires tortures au cours de leur emprisonnement.
Rendons hommage à toutes ses résistantes et à tous ces résistants, à toutes ses personnes qui se sont battues pour la liberté, pour la démocratie, pour nos droits. A cet égard, le Président de la République, François HOLLANDE, a annoncé, lors de son discours prononcé hier au Mont-Valérien, le transfert des cendres de quatre figures illustres de la Résistance au Panthéon : « Deux hommes et deux femmes qui ont incarné les valeurs de la France quand elle était à terre » et dont l’entrée se fera « lors de la journée nationale de la Résistance » le 27 mai 2015. Il s’agit de Germaine TILLION et Geneviève de GAULLE-ANTHONIOZ ; et de Pierre BROSSOLETTE et Jean ZAY.

Souvenons-nous de ce groupe comme une figure de solidarité entre les peuples et entre les hommes et les femmes. Remercions ces résistantes et ces résistants nés ailleurs, au nom de la France, d’avoir été de si grands Français. « Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant » (Louis Aragon, Strophes pour ce souvenir, in Le Roman Inachevé, 1956).

Vive la France, et vive la République.

Je vous remercie