publié le 20 janvier 2014
Prix des lunettes : retrouvez mon interview sur France Soir Web

Retrouvez ci-dessous l’interview donnée à France-Soir Web sur le prix des lunettes en France.

«Les lunettes sont la deuxième cause de renoncement aux soins»

Par Pierre Plottu

Razzy Hammadi, député PS et rapporteur du projet de loi Hamon sur la consommation, dénonce les marges pratiquées par les grandes enseignes de l’optique. Il soutient également que ce texte va permettre une baisse des prix des lunettes.

Quel effet sur les prix de l’optique attendez-vous du projet de loi Hamon? Et quelles conséquences aura-t-il sur les trois millions de Français qui renonceraient chaque année à s’équiper par manque de moyens?

Nous nous attendons à une baisse des prix, comme cela a pu être constaté dans les autres pays de l’Union européenne ayant libéralisé la vente en ligne des lunettes. Nous espérons ainsi rendre 1,3 milliard d’euros de pouvoir d’achat aux consommateurs. L’optique est une dépense contrainte et, aujourd’hui, 40 millions de Français portent des lunettes dont le prix d’achat moyen est de 470 euros. Ce sont les prix parmi les plus hauts d’Europe. Ce qui fait que les lunettes sont la deuxième cause de renoncement aux soins en France.

Si la gauche parvenait, à l’issue de cette mandature, à réduire d’un tiers le nombre de Français qui ne peuvent s’équiper pour des raisons financières, ce serait une belle victoire. Et ce projet de loi y participe.

Pourquoi cette disposition a-t-elle été incluse dans un projet de loi portant sur la consommation et non sur la santé?

Il y a trois mouvements parallèles: ce que prépare le ministère de la Santé pour plafonner les remboursements de l’optique; l’action du ministère des Affaires sociales sur les aides à la complémentaire santé ainsi que l’élargissement de l’accès à la CMU; et, enfin, il y a cette loi qui vise à faire baisser les prix des lunettes.

Il faut savoir que le nombre de magasins, surtout ceux des grandes enseignes, augmente bien plus vite que la demande. On subventionne donc, par l’absence de concurrence sur ce marché, des situations de rente économique. De plus, les marges pratiquées par les opticiens sont trop élevées. Ainsi, une paire de lunettes achetée 118 euros par un lunetier est revendue en moyenne 470 euros.

«Les grandes enseignes ne sont pas contre la vente sur Internet, mais sont pour être les seules à pouvoir le faire»

Il n’empêche que ce volet du projet de loi fait débat. Ainsi, la présidente socialiste de la commission des Affaires sociales de l’Assemblée nationale, Catherine Lemorton, a vivement critiqué un manque de concertation avec les acteurs de la santé sur ce dossier…

La commission n’a pas été saisie, mais la présidente l’a été. J’ai moi-même eu de nombreux échanges avec elle, tout comme le ministre. Pour autant je rappelle, et cela a été dit dans l’hémicycle par Benoît Hamon et moi-même mais aussi par les représentants de Marisol Touraine (ministre de la Santé, NDLR), il n’y a pas eu l’épaisseur d’une feuille à papier de cigarette entre le ministre de la Consommation et son homologue de la Santé sur ce dossier. D’ailleurs, c’est aussi pour cela que nous consacrons le monopole de délivrance des opticiens et que la vente en ligne comme en réseau physique sera subordonnée à la délivrance d’une prescription médicale.

La vente de lunettes sur Internet va-t-elle entraîner une baisse de la qualité des soins d’optique?

Mon amendement (prévoyant l’obligation pour les ophtalmologues de mentionner l’écart pupillaire sur leurs ordonnances, NDLR) permet que la vente en ligne se fasse dans un parcours de soins. Pour ne pas laisser dire n’importe quoi, je rappelle que les sites de vente en ligne resteront soumis à l’agrément de la Sécurité sociale. Et chaque paire de lunettes devra continuer à être fabriquée en respectant les normes européennes.

La mauvaise foi vient des grandes enseignes qui ne sont pas contre la vente sur Internet, mais sont pour être les seules à pouvoir le faire. Le rôle d’une politique publique de santé ce n’est pas de permettre à quelques enseignes de s’engraisser.

Partagez-vous l’avis de ceux qui pensent que la libéralisation de la vente d’optique sur Internet va mettre en péril plusieurs milliers d’emplois?

C’est une ineptie! Avec les nouvelles pratiques, l’informatique, les tablettes, le Web est devenu incontournable. De plus, le vieillissement de la population provoque une hausse des besoins en lunettes des Français. Du coup, depuis l’année 2000, la demande du marché a progressé de 13%. L’ouverture que nous faisons impacte 10 à 15% du marché. Comment un secteur qui croît de près de 15% et qui sera impacté de 15% peut dire «il y aura des suppressions d’emploi»? Ce n’est pas sérieux.