publié le 16 octobre 2013
Réforme des retraites : les raisons de mon abstention

Ce mardi 15 octobre le projet de loi  visant à garantir l’avenir et la justice du système de retraites a été adopté à l’Assemblée nationale. Avec d’autres, j’ai  décidé de m’abstenir lors du vote.  Cette démarche, réfléchie et difficile tant nous savons à quel point les efforts mobilisés afin de parvenir à un équilibre permettant de garantir le financement du système ont été immenses, répondait à deux objectifs : être fidèle à ma conception d’un système de retraites socialement – et entre générations-  juste tout en reconnaissant les avancées proposées par le texte tel qu’amendé.

Si je n’ai pas voté pour le texte, c’est d’abord parce qu’à mon sens,  l’allongement de la durée de cotisation à l’horizon 2020  constitue un recul qui ne saurait être assumé sans véritables contreparties de même ampleur, à l’instar des propos de Michel Rocard :  » oui à, l’allongement de la durée de travail tout au long de la vie, mais dans ce cas réduisons la durée hebdomadaire « .

Il semble difficile de cautionner le principe d’automaticité qui régit aujourd’hui les règles de calcul de la durée de cotisation.  Celles-ci doivent avant tout intégrer la conjoncture économique, tel que le prévoyait un amendement déposé en ce sens avec d’autres députés. En matière de protection sociale je me refuse à substituer la prédiction à la prévision. Et je ne vois pas pourquoi les jeunes seraient en définitive, seuls en première ligne pour ce qui est de cet effort.

Par ailleurs, je suis de ceux qui estiment que cette réforme, bien qu’essentielle devait être plus globale, plus structurelle et prenant comme base la solidarité entre les générations.

Cette réforme pose en effet une question que j’estime centrale, celle de la justice intergénérationnelle. En effet,  l’accroissement de la durée de cotisation ne sera pas sans effet sur les jeunes, les précaires, les pauvres, ceux qui vont poursuivre des études longues et ne rentreront pas sur le marché du travail avant 25 ans. On peut en effet douter du dispositif de rachat des trimestres d’études ou de stage lorsque l’on sait qu’entre 20 et 25 ans l’épargne est quasi nulle ou inexistante. J’ai eu l’occasion de le dire à notre ministre des affaires sociales et ce, devant l’ensemble du groupe socialiste, sans pour autant recueillir une réponse à la hauteur de mes doutes. Car en effet, en définitive, seuls les jeunes rentiers et les héritiers pourront racheter leur trimestre, si tant est qu’ils en éprouvent le besoin.

Je regrette également que la question du retour de 67 ans à 65 ans d’un départ à la retraite à taux plein, particulièrement pénalisant pour les femmes, n’ait pas été évoquée, voire évacuée. Quant aux petites pensions, le report de six mois de leur revalorisation annuelle aura des conséquences non nulles sur le pouvoir d’achat de nombreux retraités.

Malgré ces points d’ombre, je n’ai pas voté contre le texte car je reste convaincu que des avancées majeures ont été obtenues. Ainsi les mesures pour lesquelles nous sommes battus, y compris avec le gouvernement, au titre desquelles figurent la prise en compte de la pénibilité ou encore  la possibilité d’acquérir un trimestre de cotisations avec 150h de SMIC constituent des mesures socialement justes.

De même, c’est la première fois que le temps de travail des jeunes apprentis ou en contrats aidés est pris en compte dans le calcul des retraites.

C’est pour l’ensemble de ces raisons que j’ai fait le choix de l’abstention.

Si je note dans cette réforme l’absence d’une dimension générationnelle à la hauteur de l’enjeu, j’y vois aussi des avancées réelles, au premier rang desquelles la pérennisation du financement mais aussi de véritables conquêtes portées depuis longtemps par les salariés et leurs syndicats (pénibilité, prise en compte de l’alternance…).