publié le 18 novembre 2012
Compte rendu de notre réunion emploi d’avenir

L’essentiel : Un centaine de représentants d’associations avaient effectué le déplacement pour s’informer à l’occasion de cette initiative et échanger autour de la déclinaison locale et propre au monde associatif de Montreuil et Bagnolet de cette mesure phare du gouvernement Ayrault. Après une rapide présentation par Razzy Hammadi, les enjeux législatifs et pratiques de cette mesure ont été présentés au gré de plusieurs échanges avec le public.

 

Introduction de Razzy Hammadi, député de la Seine-Saint-Denis :

 

En dépit des imprécisions dans le Journal Officiel, cette réunion doit permettre d’informer, d’analyser et d’échanger autour d’une opportunité majeure de ce début de quinquennat, les emplois d’avenir, largement orienté vers le domaine associatif.

La préoccupation commune et  la redéfinition de la relation à Est Ensemble à qui la compétence de développement économique a été transférée en tant que communauté, forment de nouveaux défis. De plus, l’agglomération représente un employeur utile et sérieux, comme l’atteste l’intervention de Dominique Voynet, maire de Montreuil, lors de cette réunion. Engagement de campagne lors des présidentielles et des législatives à Montreuil et à Bagnolet, le travail sur les emplois d’Avenir doit ainsi s’effectuer en mettant à contribution l’ensemble des acteurs concernés.

 

Il s’agit donc de ne pas passer à côté de cette étape essentielle et de mettre en avant la  nécessité de collaborer sur ces dossiers si sensibles. Ce territoire idéal, présentant les critères favorable au déploiement optimal des emplois d’avenir, en coordination avec Est ensemble et la Région Ile de France, a besoin de financement pour pérenniser, encadrer, former les jeunes. Pour que les rangs de l’armée de réserve ne grossissent plus, pour ne plus trahir la promesse républicaine, il faudra décliner localement au mieux cette mesure nationale. A cette fin, trois types d’intervention exposeront ci-après le processus législatif, la mise en œuvre locale et le rôle des associations, tout en gardant une interaction avec les membres présents au travers de séries de questions aux intervenants :

 

I. Intervention de Madame Fanélie Carrey-Conte, députée de Paris, membre de la commission des affaires sociales :

 

Engagée dans le processus de travail législatif sur cette proposition de loi depuis la première lecture et en commission mixte paritaire sur l’investissement dans les emplois d’avenir, Madame Carrey-Conte a décrit les grandes lignes et la philosophie de la loi :

L’objectif affiché est de créer 250 000 emplois, incluant un premier volet de 100 000 emplois pour l’année 2013, afin de faciliter la bataille des jeunes pour l’emploi. Elle a cet égard évoqué les propos de Louis Chauvel et son effet de rémanence », selon lequel la situation du jeune à 20 ans conditionne en grande partie son positionnement social pour la vie entière.

 

Elle a également rappelé que le volontarisme politique et les moyens financiers engagés  ne sont que les maillons d’un système global, à mettre en relation avec la sécurisation des parcours professionnels et les contrats de génération.

 

Madame Carrey-Conte a ensuite précisé que le public bénéficiaire était les jeunes de 16 à 25 ans, à l’exception de certaines personnes handicapées, pouvant obtenir une dérogation jusqu’à 30 ans, dans des zones précises : ZRR, ZUS, incluant tant les personnes peu ou non qualifiées que les cursus jusqu’à Bac+3 pour lutter contre les discriminations et la frustration et le fort taux de chômage.

 

A suivi un description du secteur : des activités à forte utilité sociale et à but non lucratif (organisme de l’ESS, mutuelle, collectivité territoriale, association), cette définition incluant un projet pour les emplois d’avenir pour les professeurs afin de favoriser la diversification sociale de ce corps.

 

Quant à la participation de l’Etat, elle s’élève à 75% du smic sur trois ans, de 30 à 35% lorsqu’il s’agit de  contrats d’accompagnement et de dispositif global de contrat aidé.

 

Le but est la pérennisation du parcours, permettant d’avoir un passeport pour l’emploi. D’où la nécessité d’un détail très précis de l’employeur et de l’association, sur l’accompagnement, le tutorat, la formation, et le suivi.

 

Enfin, les conditions de travail doivent être optimales : le CDI doit être la règle, le CDD de 36 mois l’exception. L’employeur devra justifier l’absence de temps plein le cas échéant, et engager la réflexion de l’entreprise sur la pérennisation.

 

Conclusion : Un triptyque important

 

– Les missions locales doivent avoir la main sur la question, et non les agences d’intérim.

-Les jeunes qualifiés doivent aussi garder une possibilité d’accès au travail par ce biais.

L’accompagnement des structures employeurs est nécessaire à la réussite du projet.

 

 

II. a Intervention de Sophie Damolida, directrice de la structure Pole Emploi Montreuil :

 

Madame Damolida s’est quant à elle penchée sur une question essentielle : la nature de la plus-value apportée par « emplois d’avenir » pour l’association et dans le parcours du candidat.

 

Un suivi social qui permet également le versement d’aides attribuées sur les engagements de l’employeur sur contenu du poste proposé. Une aide jusqu’à 60 mois pour certain cas pourra être accordé. En effet, il a été constaté le manque de tutorat et d’engagement de l’employeur (durant le temps de travail) est trop souvent la cause de l’absence d’ «effet passerelle ».

 

Le dispositif comprend ainsi plusieurs étapes : un rapprochement des missions locales,  une évaluation commune de la situation, une sélection des dossiers.

 

II. b Intervention de Pierre Vila, directeur de la mission locale Bagnolet:

 

En effet, le contact continu avec les missions locales reste nécessaire, en coordination avec la DIRECCTE sur le département de la Seine-Saint-Denis.

3500 jeunes sur les deux communes de Montreuil et Bagnolet quittent le monde éducatif pour se lancer, au mieux, dans le monde de l’emploi, sans en connaître les tenants ou les aboutissants. Ce public sensible cumule plusieurs difficultés : lacunes scolaires, faibles revenus,

 

L’accompagnement de la région Ile de France, par exemple sur VAE. Demande de financement à mission locale remontée à la préfecture. Le bassin de recrutement pourrait ainsi être étendu selon les particularités du poste requis.

 

III. Intervention de Nadia Bellaoui, présidente de la Conférence permanente de coordinations associatives (CPCA) :

 

La CPCA est un regroupement volontaire de 600 000 associations en France, ayant en apparence peu d’intérêts communs car hétéroclites et diverses, mais partageant la voie similaire de l’engagement associatif.

 

Madame Nadia Bellaoui a commencé par affirmer que ce texte avait le mérite de s’attaquer au noyau dur du chômage des jeunes. Il existe en effet en France 16 millions de bénévoles, dont 50% regroupés dans des associations, qui se révèlent efficaces dans la formation et la qualification.

 

Les aides financières demeure intéressantes, car les besoins restent importants : la pyramide des âges du monde associatif (600 000 salariés in ESS, dont 85% de l’emploi) et la  solidarité intergénérationnelle forme en effet un nouveau défi.

 

Madame Nadia Bellaoui a ensuite rappelé que 16% des associations ont des salariés De plus, dans le contexte difficile de la crise, la destruction de l’emploi associatif en 2011 a été forte, confirmation de la précarité du salariat en France.

Il existe pourtant des conditions minimales pour la réussite de ce dispositif ambitieux : tutorat, consolidation des postes existant et non fragilisation du statut des salariés en place par une mise en concurrence… Il convient également d’offrir une opportunité d’embauche en accord avec les besoins différents des associations.
A cette fin, il pourrait être envisagé de réunir les financements pour les petites associations qui cherchent à employer : plan de formation par grandes associations, organisme collecteurs d’informations… Ainsi, les OPCA collectant ont des correspondants territoriaux qui permettraient d’affiner les recherches.

 

Madame Bellaoui a conclu en soulignant la nécessaire préparation à la « sortie » de l’emploi d’avenir et en faisant un constat alarmant : la proportion de jeunes non-inscrits à Pole emploi dépasse aujourd’hui celle des inscrits (30 à 35%).

Questions de la salle :

 

Quelle différence entre QICAE et Emploi d’avenir ? Les premiers offrent un financement à 85, voire 105%, quelle est la plus-value des emplois d’avenir ?

 

Cette offre permettra une vraie réflexion sur les moyens et la formation de ces jeunes, incluant un travail avec les antennes, les écoles, les missions locales. Les associations doivent être le support de cette évolution, qui cible un public spécifique, les jeunes de 16 à 25 ans en difficulté d’insertion, à moyen terme (3 ans).

 

Que faire pour éviter la discrimination territoriale et la mise à l’écart des petites structures, incapable de suivre administrativement les évolutions ou de payer à plein temps, dans des conditions de travail optimales ?

 

La coordination des missions locales et le travail de Pôle emploi devrait permettre d’effectuer une répartition égale sur un territoire associatif dynamique comme celui de Montreuil et de Bagnolet.

 

Quel accompagnement en phase avec la réalité économique ? Il existe un besoin d’insertion certain dans le domaine du travail privé, et les collectivités sont aujourd’hui asphyxiées.

 

Cette mesure doit être une opportunité financière pour les collectivités d’embaucher et d’offrir une chance à des jeunes qui n’aurait pas pu en bénéficier autrement. Le développement des structures de l’ESS doit permettre quant à lui de compléter les passerelles entre associations et monde de l’entreprise.

 

Les jeunes migrants seront-ils exclus du dispositif ?

 

Non, puisque tout détenteur d’un titre de séjour pourra postuler au financement via une association.

 

Suite aux emplois jeunes, reste le souvenir des 24 mois renouvelés, mais de 80 à 60% (de quoi ?)

La durée du contrat et de la convention étaient deux choses différentes, et les changements récurrents de législation n’ont pas aidé. La prise en charge de l’emploi et de la formation nécessite une coordination, notamment pour le droit à la formation qui doit être la responsabilité de tous. Comment éviter ces travers ?

 

L’insertion professionnelle et l’accès à la qualification doivent en effet être permis par le travail conjoint des missions locales et de Pôle Emploi permettant le démarchage suite à la présentation du candidat.. Ce dernier doit être inscrit depuis 12 mois dans les 18 derniers écoulés et une forte vigilance sera de mise dans le suivi de l’accompagnement.