publié le 24 octobre 2012
Mon intervention lors du débat sur les perspectives européennes

Retranscription écrite de l’intervention :

M. Razzy Hammadi. Cher collègue, à force de vous entendre, vous et vos amis ce soir sur ces bancs, nous interrompre, on va finir par croire que c’est toute l’opposition qui est défavorable au traité !

Monsieur le président, monsieur le ministre, chers collègues, le Premier ministre a clairement évoqué cet après-midi les étapes qui, dès le lendemain de l’élection présidentielle, nous ont permis d’être aujourd’hui en mesure de tenir un engagement, et de faire en sorte que le traité soit avant tout adossé à un pacte de croissance et d’emploi. Nous, socialistes, avons été élus pour porter le changement, y compris au niveau européen. C’est notre responsabilité et nous l’assumons, surtout lorsque nous voyons à quel point la victoire de François Hollande a été saluée aux quatre coins de l’Union, et pas seulement par les socio-démocrates. Pendant des mois, les sommets, au nombre de seize, s’étaient succédé, avec pour conclusion une conférence de presse qui à chaque fois donnait lieu au même jeu d’estrade, écrit d’avance : un Nicolas Sarkozy expliquant que la crise était terminée, que tout était réglé.

Quand la gauche, sur ces bancs et dans le pays, considérait alors pour sa part qu’il existait un autre chemin, qu’un pacte de croissance et d’emploi était possible, que la taxe sur les transactions financières pouvait être mise en œuvre, ceux-là mêmes qui affirmaient que les paradis fiscaux avaient disparu – bravo pour la crédibilité ! – nous riaient au nez. Et les mêmes de nous expliquer qu’il était impossible d’évoquer ne serait-ce que l’idée des project bonds ou celle d’une intervention directe de la Banque centrale européenne.

Pourquoi dans ces conditions la Banque centrale européenne intervient, en dépit des pressions de l’Allemagne ? C’est qu’après seize sommets et de multiples promesses, ses dirigeants ont, après ces cinq années, trouvé face à eux, au-delà des rangs de la gauche européenne, des gens qui donnaient le sentiment de vouloir tenir leur parole et d’être sérieux dans leurs engagements.

C’est aussi pour cette raison que la Banque centrale européenne a voulu agir directement et que, malgré les réticences de l’Allemagne, il s’est opéré un consensus pour qu’il en soit ainsi et qu’il ne soit pas seulement rajouté de l’austérité à l’austérité. Durant seize sommets, et alors même que la crise financière sévissait de plus belle, nous n’attendions finalement qu’une seule chose avant que l’élection présidentielle puisse marquer la victoire de la gauche : un peu de répit, quelques semaines de sursis.

Depuis le 6 mai, au-delà de l’attente misérable à laquelle vous aviez condamné le peuple de France et d’autres encore, nous avons cherché à susciter un sursaut. Ce sursaut est venu avec le conseil européen au cours duquel François Hollande – quoi que vous en disiez et c’est cela qui vous fait le plus mal – a bien plus obtenu en vingt-quatre heures que Nicolas Sarkozy en cinq ans. (Applaudissements sur les bancs du groupe SRC. – Exclamations sur les bancs du groupe UMP.)

Je veux parler des 120 milliards d’euros du pacte pour la croissance ; des 10 milliards d’euros d’augmentation du capital de la BEI, soit en réalité 60 milliards d’euros de capacité de prêts en plus ; des 55 milliards d’euros supplémentaires de fonds européens en faveur de la croissance et de l’emploi ; des 4,5 milliards d’euros aussi de project bonds dans la phase expérimentale.

Mes chers amis, nous sommes à un moment important de la construction européenne. Quelles que soient les positions des uns et des autres, il est une chose sur laquelle nous devons être rassemblés, et c’est bien évidemment la nécessaire réorientation de l’Union européenne. Mais au-delà de ce que nous avons d’ores et déjà réussi en adossant au traité un pacte de croissance, nous devons également, soutenus en cela par la commission des affaires européennes et par celle des affaires étrangères, adjoindre à cette action une dimension démocratique, qui permette aux parlements, notamment dans le cadre du semestre européen, d’avoir leur mot à dire, de pouvoir évaluer, critiquer et orienter les politiques budgétaires ou monétaires selon la volonté des peuples.

Mes chers amis, mes chers camarades, c’est un premier pas qu’il nous faut ici conforter. L’Europe se réoriente et nous la réorientons ! (Applaudissements sur les bancs du groupe SRC.)